L’Adieu à l’automne, S.I. Witkiewicz

1927. Titre original : Pozegnanie jesieni.

Peintre, dramaturge, romancier, essayiste, pamphlétaire, philosophe, S.I. Witkiewicz est certainement le créateur dont l’oeuvre et la vie incarnent avec le plus d’intensité  les convulsions de son époque. Son génie visionnaire et son « catastrophisme » se donnent libre cours dans ce roman qui annonce à la fois sa propre fin (Witkiewicz s’est suicidé en 1939) et une tragédie collective dans laquelle il pressentait une rupture historique et la fin de l’art et de la culture.

Éditions :

L’Age d’homme, Classiques slaves, 1991. Traduit du polonais par Alain Van Crugten. Broché 22,00 EUR. 1 vol. (382 p.) ; 23 x 16 cm. EAN 9782825101667

Migrations, Milos Tsernianski

1953. Titre original : Seobe. Prix du meilleur livre étranger de l’Académie française.

Ce roman qui raconte la « migration » des Serbes vers la Russie, à l’époque de la domination austro-hongroise, est, d’après Nicolas Milosevic, « la réalisation artistique la plus originale de la littérature serbe et l’une des plus étonnantes de la littérature moderne ». Cette épopée d’un peuple déraciné à la recherche d’une patrie réalise « la synthèse , unique en son genre, de l’Histoire et de la vie intime, de l’élément lyrique et de la métaphysique ».

Éditions :

Julliard / L’âge d’homme, 1986. Traduit du serbo-croate par Velimir Popovic. Préface de Nikola Milosevic. Broché 25,00 EUR. 1 vol. (855 p.) ; 22 x 16 cm. EAN 9782260004868

Les Boutiques de cannelle, Bruno Schulz

Paru en 1934

On a souvent comparé Bruno Schulz à Kafka dont il a traduit Le Procès en polonais.Mais les nouvelles qui composent Le Sanatorium au croque-mort et Les Boutiques de cannelle participent d’un univers absolument original et possèdent un ton unique. On peut y voir l’expression la plus accomplie, peut-être, de ce fantastique de la banalité qui est l’un des traits spécifiques de la culture d’Europe centrale. Bruno Schulz « mythifie la réalité », c’est au cœur du quotidien qu’il découvre le merveilleux, qu’il nous introduit dans la « république des rêves ».

Éditions :

Bruno Schulz, Les Boutiques de cannelle (Skepy Cynamonowe, 1934). Traduit du polonais par Thérèse Douchy, Georges Sidre, Georges Lisowski. L’imaginaire Gallimard, n° 509. 2005. 10,50 €

Une école à la frontière, Geza Ottlik

Paru en 1959

Derrière l’argument de ce livre : les souvenirs juxtaposés de deux anciens « cadets » d’une école militaire sur le dressage qu’ils durent y subir, il faut percevoir un arrière-plan plus universel : une réflexion sur le conditionnement de l’être humain dans une société coercitive et sur les capacités de résistance qu’il peut trouver dans ses propres raisons de vivre et dans une fraternité humaine plus forte que l’égoïsme et que la volonté de puissance. Un chef-d’oeuvre qui égale Désarrois de l’élève Toerless et qui mériterait une nouvelle traduction.

Éditions :

Géza Ottlik, Une école à la frontière (Iskola a határon, 1959). Trad. du hongrois par Ladislas Gara, Georges Kassaï et Georges Spitzer. Seuil, 1964.

La Pensée captive, Czeslaw Milosz

Paru en 1953

Czeslaw Milosz a reçu en 1980 le prix Nobel pour l’ensemble de son oeuvre poétique, mais c’est par la publication en 1953 de La Pensée captive, « Essai sur les logocraties populaires », qu’il s’est fait connaître pour la première fois comme un extraordinaire éveilleur des consciences.  Cet ouvrage où Milosz analyse avec perspicacité et profondeur la situation politique et culturelle des pays de l’Est a exercé une influence considérable sur l’évolution des mentalités non seulement en Pologne mais dans l’ensemble du bloc soviétique.

Éditions :

La pensée captive : essai sur les logocraties populaires, traduit du polonais par A. Prudhommeaux, préface Karl Jaspers ; Folio Essais, n° 108 ; 1988 ; 10,40 €

Le Brave Soldat Chvéïk, Jaroslav Hasek

Paru en 1920-1921

La soldat Chvéïk n’est pas seulement l’incarnation éternelle de l’âme populaire tchèque et de sa résistance à l’oppression, il est une dénonciation par l’absurde du ridicule de tout pouvoir, cet anti-héros est surtout le modèle même d’un humour qui est la seule réponse possible aux vicissitudes de notre temps.

Éditions :

Le Brave Soldat Chvéïk, traduit du tchèque par Henry Horejsi, Folio, 1975, 8,20 €

Berlin Alexanderplatz, Alfred Döblin

Paru en 1929

Les aventures du travailleur Franz Biberkopf dans le Berlin de l’entre-deux-guerres. Le roman d’un homme et d’une ville. La technique de construction et d’écriture de Döblin n’est pas sans rappeler Manhattan Transfer de Dos Passos.

Editions :

Berlin Alexanderplatz: Histoire de Franz Biberkopf, traduit de l’allemand par Olivier Le Lay, Gallimard, 2009, 24,90 €

Berlin Alexanderplatz: Histoire de Franz Biberkopf, traduit de l’allemand par Olivier Le Lay, Folio, 2010, 9,80 €

Perturbation, Thomas Bernhard

Paru en 1967

Perturbation, Thomas Bernhard, traduit de l’allemand par G. Fritsch-Estrangin

Le narrateur adolescent accompagne son père, médecin dans les Alpes autrichiennes, dans ses visites aux malades. Maladie, folie, solitude et suicide sont les thèmes habituels de l’oeuvre de Thomas Bernhard.


Perturbation, Thomas Bernhard

La Mort de Virgile, Hermann Broch

Paru en 1945

La Mort de Virgile, Hermann Broch, traduit de l’allemand par Albert Kohn – L’Imaginaire Gallimard, 1980

La dernière journée de Virgile. Ce roman de la conscience, dans lequel le poète mourant médite sur sa vie et son oeuvre, rappelle, dans son projet comme dans sa construction, l’Ulysse de Joyce. Écrivain juif autrichien, émigré aux USA en 1938 et mort en 1951, Hermann Broch est également l’auteur des Somnambules.


La Mort de Virgile, Hermann Broch

Ferdydurke, Witold Gombrowicz

1937 – Ferdydurke, Witold Gombrowicz – Folio, 1998

Ferdydurke : présentation

« Courez après moi si vous voulez. Je m’enfuis la gueule entre les mains. »

Ferdydurke, premier roman de Witold Gombrowicz, est son œuvre fondamentale, considérée comme un classique du XXe siècle.

Mon écriture est fondée sur des modèles traditionnels. En un sens, « Ferdydurke » est une parodie du conte philosophique dans le style voltairien.
Testament. Entretiens avec Dominique de Roux

Ferdydurke est né de la blessure ressentie par Witold Gombrowicz en lisant certaines critiques de son premier livre Mémoires du temps de l’immaturité [Bakakaï]. Traité d’« immature », Gombrowicz voulut d’abord écrire un pamphlet contre les critiques et les « tantes culturelles ».
Mais emporté par son sujet, Witold Gombrowicz en fit un règlement de compte général avec la culture et avec le monde. Et lui-même devint « le chantre de l’immaturité et de la Forme tout au moins dans sa relation avec l’immaturité ».

« L’homme dépend très étroitement de son reflet dans l’âme d’autrui, cette âme fût-elle celle d’un de crétin. »

C’est dans Ferdydurke qu’on trouve pour la première fois les thèmes qui resteront au centre de l’œuvre de Witold Gombrowicz tels que l’Immaturité, l’Infériorité / la Supériorité ou la Forme.
Certaines expressions et néologismes de Ferdydurke sont passés dans le langage courant ; « cucul » et « gueule », « viol par les oreilles », « compote » ou « tantes culturelles » ont pris une signification particulière et fonctionnent comme des références en langue polonaise.

Comment décrire cet homme ferdydurkien ? Créé par la forme, il est créé de l’extérieur, autant dire inauthentique, déformé. Etre un homme, cela veut dire ne jamais être soi-même.
Il est aussi un producteur constant de la forme : il sécrète la forme infatigablement, comme l’abeille sécrète le miel.
Préface de Gombrowicz à l’édition française de La Pornographie, 1962

Ferdydurke, publié pour la première fois en octobre 1937 aux éditions Rój de Varsovie, porte un achevé d’imprimer de 1938.
On doit la couverture et les illustrations de cette première édition à Bruno Schulz, ardent défenseur du livre et auteur déjà connu des Boutiques de cannelle.
Le roman comporte deux « interludes » écrits et publiés plus tôt : Phildor, doublé d’enfant et Philibert, doublé d’enfant. Witold Gombrowicz les a aussi insérés en 1957 comme des contes indépendants, dans son recueil Bakakaï en 1957.

Ferdydurke ne réapparut en Pologne que vingt ans plus tard, en 1957, à la suite d’une libéralisation passagère du régime communiste.
Le livre eut un tel succès – plus de 10 000 exemplaires vendus – qu’il fut de nouveau interdit l’année suivante.
Il resta interdit jusqu’en 1986, date à laquelle il fut réédité aux éditions Wydawnictwo Literackie de Cracovie.
Dans les années 1990, Ferdydurke, considéré comme un classique de la prose polonaise, est entré dans le programme scolaire et est devenu une lecture obligatoire.

En 1947, Ferdydurke fut traduit en espagnol (première traduction étrangère) et publié aux éditions Argos de Buenos Aires.
Cette traduction avait été écrite dans des conditions parfois burlesques au café Rex de Buenos Aires avec un groupe de jeunes partenaires aux échecs, sans dictionnaire polonais/espagnol, avec Witold Gombrowicz lui-même et sous la houlette de deux écrivains cubains Virgilio Piñera et Humberto Rodriguez Tomeu.

« Ce n’était pas un visage devenu gueule, mais une gueule qui n’avait jamais atteint à la dignité d’un visage, une gueule comme une jambe ! »

Witold Gombrowicz s’est inspiré de cette version espagnole pour la traduction française qu’il fit lui-même avec la collaboration de Roland Martin, un jeune Français de Buenos Aires. Ils signèrent le roman du pseudonyme de Brone (Julliard, 1958, collection Les Lettres nouvelles). C’est ensuite cette traduction française qui fut utilisée, avec l’accord de l’auteur, pour plusieurs autres traductions.

La deuxième traduction française, par Georges Sédir, établie à partir de l’édition polonaise de 1957, a été publiée pour la première fois en 1973.

Cette lecture peut se révéler tout à fait indigeste pour ceux qui attribuent une certaine importance à leur personne, à leurs convictions et à leurs croyances, pour un peintre « croyant », pour un scientifique « croyant » ou un idéologue « croyant ». Les lecteurs occidentaux de “Ferdydurke” se divisent en : a) frivoles, qui s’amusent sans se soucier de rien d’autre, b) graves, c) graves et offensés.
Testament. Entretiens avec Dominique de Roux

Ferdydurke : résumé

« Voyez vous-même : la partie fondamentale du corps, le bon cucul bien familier, est à la base, c’est avec lui que l’action démarre. »

L’action de Ferdyurke se situe au début des années 1930 à Varsovie et dans un manoir de la campagne polonaise.
C’est la satire de trois milieux : l’école, la bourgeoisie et la noblesse terrienne.

L’école

« Fuir signifiait non seulement quitter l’école, mais surtout se fuir soi-même, se fuir, fuir le blanc-bec que j’étais devenu à cause de Pimko, l’abandonner, revenir à l’homme adulte que j’étais. »

Un matin, Jojo, un trentenaire immature, se réveille dans la peau d’un élève adolescent. Tout le monde le traite en « blanc-bec » que l’on peut facilement infantiliser, « cuculiser ». Jojo atterrit d’abord sur les bancs d’une école caricaturale où le ridicule professeur Pimko essaie de maitriser les élans pubères de ses élèves et leur peu de goût pour les études. Deux scènes importantes : le viol par les oreilles de Siphon (l’idéaliste) et le duel des grimaces entre ce dernier et Mientus (le réaliste).

La bourgeoisie

« Elle m’ignorait comme seule sait le faire une lycéenne moderne, elle m’ignorait en sachant très bien que j’étais amoureux de ses modernes attraits. »

Jojo se retrouve ensuite dans une famille bourgeoise, les Lejeune, l’incarnation des modes « modernistes » telles que le sport, l’hygiène, le snobisme d’être à la page. Ces mœurs étaient inspirés par la vie américaine. Jojo tombe amoureux de la lycéenne moderne, fille des Lejeune, qui méprise sa manière démodée d’exprimer son amour. Jojo l’espionne par le trou de la serrure, cherche à compromettre sa beauté et son style.

La noblesse terrienne

« Le verrou mystique avait sauté. La main du serviteur était tombée sur le visage du maître. »

L’aventure de Jojo se termine dans un manoir où il doit faire face aux comportements archaïques d’une famille de la noblesse terrienne, milieu que Witold Gombrowicz connaissait bien par ses origines. On assiste, à la fin du livre, à la révolte des serviteurs contre les maîtres et à l’enlèvement de la jeune fille des propriétaires terriens par le narrateur.

C’est l’histoire grotesque d’un monsieur qui devient un enfant parce que les autres le traitent comme tel. “Ferdydurke” voudrait démasquer la Grande Immaturité de l’humanité. L’homme, tel que le livre le décrit, est un être opaque et neutre qui doit s’exprimer à travers certains comportements et par conséquent devient, à l’extérieur – pour les autres -, beaucoup plus défini et précis qu’il ne l’est dans son intimité. D’où une disproportion tragique entre son immaturité secrète et le masque qu’il met pour frayer avec autrui. Il ne lui reste qu’à s’adapter intérieurement à ce masque, comme s’il était réellement celui qu’il parait être. On peut dire que l’homme de “Ferdydurke” est créé par les autres, que les hommes se créent entre eux en s’imposant des formes, ou ce que nous appelons des « façons d’être ».
Witold Gombrowicz, préface à l’édition française de La Pornographie

Sommaire de Ferdydurke

I. Enlèvement
II. Emprisonnement et suite du rapetissement
III. Attrapage et suite du malaxage
IV. Introduction à Philidor doublé d’enfant
V. Philidor doublé d’enfant
VI. Séduction et suite de l’entraînement vers la jeunesse
VII. Amour
VIII. Compote
IX. Espionnage et suite de la plongée dans la modernité
X. Déchaînement de jambes et nouvel attrapage
XI. Introduction à Philibert doublé d’enfant
XII. Philibert doublé d’enfant
XIII. Le valet de ferme, ou nouvel agrafage
XIV. Déchaînement de gueules et nouvel attrapage

Ferdydurke : titre

« Et voilà, tralala,
Zut à celui qui le lira ! »

Le mot « Ferdydurke » n’apparaît que dans le titre du roman, pas une seule fois dans le texte.
Witold Gombrowicz n’a jamais dévoilé le mystère du titre : tantôt il prétendait qu’il l’avait choisi parce qu’il ne signifiait rien et qu’il était difficile à prononcer en polonais, tantôt il avouait avoir trouvé un nom au hasard dans un journal anglais.

En 1984, Bogdan Baran a émis l’hypothèse que le titre provienne du roman de Sinclair Lewis, Babbitt, qui a été traduit en polonais au début des années trente.

Devinez qui j’ai rencontré l’autre soir au restaurant De Luxe ? Je vous le dis tout de suite ! Notre vieil ami Freddy Durkee, qui était, il y a quelques années, un employé indolent de la société de navigation où j’étais moi-même employé… On l’appelait en plaisantant « Monsieur Marmotte ». Il était alors si timide qu’il avait une peur folle du directeur et qu’il ne pouvait jamais donner son meilleur rendement.
Sinclair Lewis, Babbitt, chapitre VI

Cette origine du titre du roman a été confirmée en 2000 par le professeur Henryk Markiewicz qui avait retrouvé Oreilles, une nouvelle méconnue de Witold Gombrowicz datant de 1935 et un pastiche évident d’un fragment de Babbitt. Dans ce court texte apparaît le personnage du vieux Ferdy Durkee, vendeur de magasin terrorisé par le propriétaire M. Mose-man. Ferdy parvient à humilier celui-ci en le taquinant et finalement le fait déshabiller complètement.

Les explications sur le titre du roman se trouvent dans l’édition de Ferdydurke des Œuvres complètes, réd. Włodzimierz Bolecki, Wydawnictwo Litetarckie, 2007 (pp. 402-407). Cette édition comprend également la nouvelle Oreilles (pp. 263-265).

Ferdydurke : extrait

« Mon univers s’était brisé et réorganisé aussitôt selon les principes d’un pédant classique. Je ne pouvais pas me jeter sur lui puisque j’étais assis et j’étais assis parce qu’il l’était . Cette position assise était devenue, je ne sais comment, de première importance et elle constituait le principal obstacle. »

― Esprit ! criai-je. Moi ! Je suis l’esprit ! Pas un petit auteur ! L’esprit ! Moi ! Bien vivant !

Mais lui restait assis, et, étant assis, il le restait, et restant assis, il l’était, et il était si bien assis, si déterminé dans sa position assise que celle-ci, tout à fait stupide, n’en était pas moins toute puissante. Alors il enleva de son nez le binocle, l’essuya de son mouchoir et le remit sur son nez, lequel paraissait invincible. C’était un nez nasal, fortuit et banal, pédantesque, assez long, composé de deux conduits parallèles irréfutables.

― Quoi ? dit-il, quel esprit ?
― Le mien ! criai-je. Il demanda alors :
― Le nôtre ? Celui de la mère patrie ?
― Pas le nôtre : le mien !
― Le vôtre ? fit-il avec bienveillance. Nous voulons parler de notre esprit ? Mais est-ce que nous connaissons au moins celui du roi Ladislas ?
Il était toujours assis.
― Quel roi Ladislas ?
Je me sentais comme un convoi détourné à l’improviste sur la voie de garage du roi Ladislas. Je freinai et j’ouvris la bouche en m’apercevant que je ne connaissais pas l’esprit du roi Ladislas.
― Et l’esprit de l’Histoire, le connaissons-nous ? Et l’esprit de la civilisation hellénique ? Et celui de la civilisation française, plein de mesure et de bon goût ? Et l’esprit de cet auteur bucolique du XVIe siècle que personne ne connaît, sauf moi, et qui fut le premier à employer le vocable « nombril » ? Et l’esprit de la langue ? Comment faut-il dire : « j’ai passé » ou « je suis passé » ?

La question me déconcerta. Cent mille esprits venaient d’étouffer le mien, je balbutiai que je ne savais pas, et lui me demanda ce que je savais de l’esprit de Kasprowicz et quelle était l’attitude du poète envers les paysans, après quoi il m’interrogea sur le premier amour de Lelewel. Je toussotai et regardai furtivement mes ongles, mais ils étaient nets et rien n’était écrit dessus. Je regardai à la ronde comme si quelqu’un allait me souffler. Mais il n’y avait personne derrière. Songe, mensonge ? Grand Dieu, que se passait-il ?

Ferdydurke, chapitre I « Enlèvement »

Ferdydurke : vu par…

Bruno Schulz : Witold Gombrowicz, le « manager de l’immaturité »

Voilà bien longtemps déjà que nous sommes déshabitués de phénomènes aussi bouleversants, d’explosions idéologiques d’une envergure telle que le roman de Witold Gombrowicz, “Ferdydurke”. Nous nous trouvons ici en présence d’une manifestation exceptionnelle d’un talent d’écrivain, d’une forme et d’une méthode romanesques neuves et révolutionnaires, et en fin de compte d’une découverte fondamentale : l’annexion d’un nouveau domaine de phénomènes spirituels, domaine jusqu’alors livré à l’abandon, que nul ne s’était approprié, et où s’ébattaient en toute indécence, la plaisanterie irresponsable, le calembour et l’absurdité.
Bruno Schulz, Ferdydurke

Bruno Schulz : Witold Gombrowicz, le « démonologue de la culture » et le « chasseur acharné des mensonges culturels »

Gombrowicz montre que lorsque nous ne sommes pas mûrs –mais de pauvres types, des minables se débattant dans les bas-fonds du concret pour tenter de nous exprimer – et que c’est à notre bassesse que nous avons affaire, nous sommes bien plus près de la vérité que lorsque nous sommes nobles, sublimes, mûrs et définitifs. […]
Toutes les formes de l’homme, ses gestes et ses masques ont recouvert l’humain, ont absorbé les déchets d’une misérable mais concrète et seule véritable condition humaine ; et Gombrowicz les revendique, les reprend à son compte, les rappelle d’un long exil, d’une antique diaspora.
Bruno Schulz, Ferdydurke

Milan Kundera :

Je tiens “Ferdydurke” pour un des trois ou quatre plus grands romans écrits après la mort de Proust.
Milan Kundera, « Gombrowicz malgré tous », Le Nouvel Observateur, 8 mars 1990

John Updike :

Un maître du burlesque visuel, un fin connaisseur du chantage psychologique, Gombrowicz est parmi les plus profonds des modernes, avec une touche particulièrement légère. “Ferdydurke”, parmi ses charmes centrifuges, comprend l’une des satires les plus vraies et les plus drôles qui aient jamais été imprimées.
John Updike, dos de couverture de l’édition américaine de Ferdydurke, Yale, 2000

Susan Sontag :

Extravagant, brillant, dérangeant, brave, drôle, merveilleux… Que vive sa sublime moquerie !
Susan Sontag, préface de l’édition américaine de Ferdydurke, Yale, 2000

http://www.gombrowicz.net/

Ferdydurke, Witold Gombrowicz – Folio, 1998