La Chronique de Travnik, Ivo Andrić

1942

Ce roman historique ne vise pas seulement à reconstituer avec autant de précision que de sensualité le microcosme d’une petite ville bosniaque à l’époque de Napoléon : à travers la peinture d’une société en déliquescence, le grand écrivain yougoslave parvient à l’universel en donnant une image inoubliable des forces et des lois qui pèsent sur la condition humaine.

La Chronique de Travnik, Ivo Andrić

 

L’Abuseur de Séville, Tirso de Molina

1630

La première oeuvre qui présente la légende de Don Juan sous une forme artistique et crée le mythe qui connaîtra dans la littérature universelle les incarnations les plus diverses. Le Don Juan de Tirso est plus proche de celui de Mozart que de celui de Molière ; une sensualité insatiable le domine et c’est le pouvoir de la chair qui se rebelle ici contre Dieu. Le feu de l’Enfer cache mal l’intuition de la valeur du péché.

L’Abuseur de Séville, Tirso de Molina

Vie écrite par elle-même, Sainte Thérèse d’Avila

1588

Autobiographie spirituelle de l’écrivain mystique ; elle évoque son enfance dans la maison familiale où son âme connaît déjà l’inquiétude qui ne la quittera plus, la naissance de sa vocation religieuse, et les premiers signes de la faveur divine, puis son oeuvre de réforme et ses visions et extases. Un texte puissant, direct, une mystique surgie de la vie elle-même. L’oeuvre et la vie d’une femme, l’audace et la hardiesse de l’aventure.

Vie écrite par elle-même, Sainte Thérèse d’Avila

Fortunata et Jacinta, Benito Pérez Galdós

1887-1888

Juanito Santacruz, « Espagnol » superficiel et léger, entre deux femmes : son épouse, l’angélique Jacinta et Fortunata, fille du peuple, énergique et passionnée jusqu’au sacrifice. C’est le roman de la dialectique de la convention pusillanime et de la passion dont la trame est la maternité impossible de Jacinta et l’enfant que Fortunata lui donnera en un geste de réconciliation suprême. On y trouve aussi le personnage du fou, hérité de Don Quichotte. Le roman se déroule au cœur de Madrid et présente des couples de personnages contrastés, grands et vils. Une vision de l’Espagne.

Fortunata et Jacinta, Benito Pérez Galdós

Stances sur la mort de son père, Jorge Manrique

1440-1479

Ces stances ont éternisé le nom de ce poète-soldat qui pleure la mort de son père, noble chevalier, survenue en 1476. Un rythme lancinant fait de ces quarante strophes un des sommets de la poésie lyrique où le chevalier accueille la Mort sereinement, accompagné de la gloire d’une vie probe et glorieuse.

Stances sur la mort de son père, Jorge Manrique

Fuente Ovejuna, Félix Lope de Vega

1618

Une pièce « idéologique » qui a pour cadre un village de Castille en révolte contre la tyrannie de son gouverneur. Au juge chargé de découvrir le nom du meurtrier, le village tout entier répond d’une seule voix : « Fuenteovejuna » et exprime par là un sentiment de fierté héroïque et l’âme collective d’un peuple qui finit par faire triompher le droit que même le roi doit respecter. Une des plus attachantes et des plus souvent jouées de toutes les pièces de Lope de Vega qui en a écrit quelque huit cents dont trois cent quatorze nous sont parvenues.

Fuente Ovejuna, Félix Lope de Vega

Poésies : Le poète à New-York, Chant funèbre pour Ignacio Sanchez Mejias, Le Divan du Tamarit, Federico Garcia Lorca

1898-1936

La rencontre pathétique de Lorca avec l’inhumanité de New York, ville « de fil de fer et de fange » parcourue par « des troupeaux de bisons poussés par le vent ». Le Chant funèbre est une élégie à son ami mort dans l’arène : « Contemplez sa figure, la mort a recouvert son corps de soufres pâmes et lui fait une tête de minotaure obscur.3

Quant au Divan du Tamarit, c’est une plongée au cœur de la pulsion érotique où la femme et l’adolescent s’identifient avant de ne laisser qu’une ombre du passé, inconnue et innomée.

Poésies III, Federico Garcia Lorca

La Régente, Leopoldo Alas, dit Clarin

1884

Enfin traduit en français le chef-d’oeuvre du roman réaliste espagnol ! La Régente est une autre Emma Bovary dans la ville de Vetusta, nom symbolique s’il en fut ! Anna, jeune femme énergique et romantique, souffre de l’étroitesse et de la mesquinerie de la vie provinciale ; elle traverse une crise de religiosité mystique, manipulée par un prêtre ambitieux qui s’éprendra d’elle. Anna se laisse séduire par un Don Juan de sous-préfecture avant de subir le mépris de ses concitoyens, gens « comme il faut », timorés et hypocrites. La Régente ou commet une vie peut être détruite par l’ennui et les conventions.

La Régente, Leopoldo Alas, dit Clarin

Don Quichotte de la Manche, Miguel de Cervantès Saavedra

1605-1615

« L’histoire d’un fils sec, maigre, rabougri, fantasque, plein de pensées étranges et que nul autre n’avait conçues » ; voici comme Cervantès lui-même présente son héros au lecteur. Cervantès, inventeur du roman moderne, se place avec le « chevalier à la triste figure » au premier rang de la littérature universelle. Parodie de l’héroïsme, et déplacement de l’l’héroïsme sur le mode esthétique, idéalisme et réalisme en contradiction permanente, seule la beauté semble pouvoir suivivre. Don Quichotte, grandiose ou ridicule ? Cervantès ne choisit pas, et c’est par cette profonde ambiguïté, ce doute installé au cœur de la réalité romanesque qu’il parle son langage à la conscience moderne.

Don Quichotte, Tome 1, Miguel de Cervantès Saavedra

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Don Quichotte, Tome 2, Miguel de Cervantès Saavedra

Ocnos, Luis Cernuda

1963

L’un des plus grands parmi les poètes de langue castillane, le plus secret aussi, le moins bruyant. Ocnos est un recueil de poèmes en prose dans lequel Cernuda, exilé, « devant la laideur et la sordidité de l’Ecosse » évoque merveilleusement Séville et son enfance, puis toute une autobiographie poétique qui lui permet de revivre dans le monde adulte l’unité perdue du Paradis. Pour Cernuda la poésie « est le résultat d’une expérience spirituelle, extérieurement esthétique ». Sa vie est l’unique source de sa poésie, c’est pourquoi son oeuvre est si authentique.

Ocnos, Luis Cernuda