Forêt interdite, Mircea Eliade

1954

Stéphane croit aimer deux femmes, alors qu’il n’est voué qu’à une seule, Ileana. Cependant, il est jaloux du passé de Joana, sa femme, car celle-ci a été fiancée à un écrivain célèbre, Partenie : une grande ressemblance physique fait qu’on confond souvent Stéphane avec Partenie. Stéphane tourmente Joana pour savoir si elle aime toujours l’écrivain, sans qu’on puisse deviner s’il désire ou craint qu’il en soit ainsi.
Pour n’avoir pas su déchiffrer à temps le message qui lui signifiait son amour pour Ileana, Stéphane ne pourra rejoindre la jeune fille que dans la mort.
Ce drame, ou cette légende, se déroule sur la toile de fond d’une Europe en guerre où l’emprise de l’histoire n’a d’égale que la volonté de Stéphane de lui échapper. Autour de Stéphane, dans un Bucarest où la catastrophe devient quotidienne, au milieu de la Seconde Guerre mondiale, d’autres personnages sont broyés ou ou accomplissent leur destin. Qu’ils soient pittoresques, comme le balkanique et mythomane Vadastra ; illuminés par la grâce, comme sa femme ; truculents, comme le pope Bursuc familier du péché, tous se détachent avec la même force de cette vaste fresque historique. Et c’est en leur compagnie que nous parcourons les saisons d’une Grande Année où les êtres connaissent l’épreuve du Temps.

Forêt interdite, Mircea Eliade

Le Météore, Karel Capek

1934

Karel Capek fut l’un des rares écrivains tchèques à conquérir de son vivant une célébrité mondiale, qu’il dut principalement à son œuvre de dramaturge, et même surtout à une seule pièce, la célèbre R.U.R. (1920), dans laquelle il forgea un néologisme qui allait connaître une fortune prodigieuse : Le robot. Mais, loin de n’être qu’un dramaturge qui eut son moment de succès, Capek est l’un de ces auteurs protéiformes qui abordent avec un égal bonheur tous les exercices de la plume et peut être considéré comme le maître à penser de la Tchécoslovaquie de l’entre-deux-guerres. Le Météore se compose de trois récits concentriques cherchant à reconstituer l’histoire d’un homme dépourvu d’identité se trouvant sur un lit d’hôpital et dont on ignore tout au départ. Mais ce qui est original ici est qu’aucun des trois récits n’a de fondement dans le réel. Celui de la sœur de charité est un rêve, le deuxième est basé sur un don de voyance et celui du romancier est un exercice d’imagination. Le tout est appuyé sur la connaissance scientifique représentée par les observations et déductions professionnelles du chirurgien et de l’interniste. Tout en se conformant aux données précises fournies par ces observations, les trois récits se complètent en se recoupant sur un certain nombre de points. Mais les contradictions apparaissent au fil de la lecture, car chacun des trois conteurs, prenant la parole à son tour, nous convainc qu’il détient la solution définitive de l’énigme. Ce roman a plu à un vaste public ; comme pour Hordubal ou La guerre des Salamandres, les lecteurs, passionnés par le monde à la fois réel et fantastique de Karel Capek, lui ont donné raison. Répétons-le, ce n’est pas un hasard : l’ambition de Capek, chef de file de la culture d’une Tchécoslovaquie renaissante, était de combler autant que faire se pouvait le fossé entre la littérature et le peuple. Qui nierait qu’il ait réussi ici à concilier la qualité littéraire et la lisibilité, tout en faisant passer, sans prétention aucune et sans vains déploiements d’intellectualisme, quelques-unes des grandes idées philosophiques et morales qui lui tenaient à cœur ? (Google Books)

Le Météore, Karel Capek

La Chronique de Travnik, Ivo Andrić

1942

Ce roman historique ne vise pas seulement à reconstituer avec autant de précision que de sensualité le microcosme d’une petite ville bosniaque à l’époque de Napoléon : à travers la peinture d’une société en déliquescence, le grand écrivain yougoslave parvient à l’universel en donnant une image inoubliable des forces et des lois qui pèsent sur la condition humaine.

La Chronique de Travnik, Ivo Andrić

 

L’Abuseur de Séville, Tirso de Molina

1630

La première oeuvre qui présente la légende de Don Juan sous une forme artistique et crée le mythe qui connaîtra dans la littérature universelle les incarnations les plus diverses. Le Don Juan de Tirso est plus proche de celui de Mozart que de celui de Molière ; une sensualité insatiable le domine et c’est le pouvoir de la chair qui se rebelle ici contre Dieu. Le feu de l’Enfer cache mal l’intuition de la valeur du péché.

L’Abuseur de Séville, Tirso de Molina

Vie écrite par elle-même, Sainte Thérèse d’Avila

1588

Autobiographie spirituelle de l’écrivain mystique ; elle évoque son enfance dans la maison familiale où son âme connaît déjà l’inquiétude qui ne la quittera plus, la naissance de sa vocation religieuse, et les premiers signes de la faveur divine, puis son oeuvre de réforme et ses visions et extases. Un texte puissant, direct, une mystique surgie de la vie elle-même. L’oeuvre et la vie d’une femme, l’audace et la hardiesse de l’aventure.

Vie écrite par elle-même, Sainte Thérèse d’Avila

Fortunata et Jacinta, Benito Pérez Galdós

1887-1888

Juanito Santacruz, « Espagnol » superficiel et léger, entre deux femmes : son épouse, l’angélique Jacinta et Fortunata, fille du peuple, énergique et passionnée jusqu’au sacrifice. C’est le roman de la dialectique de la convention pusillanime et de la passion dont la trame est la maternité impossible de Jacinta et l’enfant que Fortunata lui donnera en un geste de réconciliation suprême. On y trouve aussi le personnage du fou, hérité de Don Quichotte. Le roman se déroule au cœur de Madrid et présente des couples de personnages contrastés, grands et vils. Une vision de l’Espagne.

Fortunata et Jacinta, Benito Pérez Galdós

Stances sur la mort de son père, Jorge Manrique

1440-1479

Ces stances ont éternisé le nom de ce poète-soldat qui pleure la mort de son père, noble chevalier, survenue en 1476. Un rythme lancinant fait de ces quarante strophes un des sommets de la poésie lyrique où le chevalier accueille la Mort sereinement, accompagné de la gloire d’une vie probe et glorieuse.

Stances sur la mort de son père, Jorge Manrique

Fuente Ovejuna, Félix Lope de Vega

1618

Une pièce « idéologique » qui a pour cadre un village de Castille en révolte contre la tyrannie de son gouverneur. Au juge chargé de découvrir le nom du meurtrier, le village tout entier répond d’une seule voix : « Fuenteovejuna » et exprime par là un sentiment de fierté héroïque et l’âme collective d’un peuple qui finit par faire triompher le droit que même le roi doit respecter. Une des plus attachantes et des plus souvent jouées de toutes les pièces de Lope de Vega qui en a écrit quelque huit cents dont trois cent quatorze nous sont parvenues.

Fuente Ovejuna, Félix Lope de Vega

Poésies : Le poète à New-York, Chant funèbre pour Ignacio Sanchez Mejias, Le Divan du Tamarit, Federico Garcia Lorca

1898-1936

La rencontre pathétique de Lorca avec l’inhumanité de New York, ville « de fil de fer et de fange » parcourue par « des troupeaux de bisons poussés par le vent ». Le Chant funèbre est une élégie à son ami mort dans l’arène : « Contemplez sa figure, la mort a recouvert son corps de soufres pâmes et lui fait une tête de minotaure obscur.3

Quant au Divan du Tamarit, c’est une plongée au cœur de la pulsion érotique où la femme et l’adolescent s’identifient avant de ne laisser qu’une ombre du passé, inconnue et innomée.

Poésies III, Federico Garcia Lorca

La Régente, Leopoldo Alas, dit Clarin

1884

Enfin traduit en français le chef-d’oeuvre du roman réaliste espagnol ! La Régente est une autre Emma Bovary dans la ville de Vetusta, nom symbolique s’il en fut ! Anna, jeune femme énergique et romantique, souffre de l’étroitesse et de la mesquinerie de la vie provinciale ; elle traverse une crise de religiosité mystique, manipulée par un prêtre ambitieux qui s’éprendra d’elle. Anna se laisse séduire par un Don Juan de sous-préfecture avant de subir le mépris de ses concitoyens, gens « comme il faut », timorés et hypocrites. La Régente ou commet une vie peut être détruite par l’ennui et les conventions.

La Régente, Leopoldo Alas, dit Clarin